L’enclave des papes, situation et terroir exceptionnels
Par Magali Aimé
Histoire
La légende raconte que le pape Jean XXII, après son élection à Lyon en 1317, au cours d’une étape sur le chemin d’Avignon se trouva fort malade au point d’être obligé de faire une halte en Dauphinois. On fit boire à sa Sainteté du vin de Valréas. Il s’en trouva « fort ragaillardi et quasiment guéri ». C’est ainsi qu’il décida d’acheter la cité au Dauphin du Viennois pour pouvoir jouir à sa guise de ce breuvage miraculeux. Pour agrandir leur domaine et s’enrichir d’un terroir généreux, les papes n’ont eu de cesse d’acquérir les terres non loin d’Avignon. Richerenches et Valréas en 1317, Visan, en 1344 et Grillon en 1451, sont devenues propriété de l’église. Ce sera à la Révolution, en 1791, époque de la formation des départements, que ces quatre villages resteront vauclusiens et non drômois. L’enclave des papes était née.

Les papes furent bien inspirés, car si les vignobles donnent du bon vin, les oliviers y prospèrent, les truffes y aiment les chênes et la lavande y trouve un sol à sa mesure... Un terroir d’une richesse incroyable.
Les villages de l’enclave
Valréas, capitale du carton grâce à l’ingéniosité de deux Valréassiens, Revoul et Meynard. Au XIXe, ils inventent un emballage destiné à contenir la « graine » (les œufs) du papillon dont la chenille est le « ver à soie ». L’activité liée à la soie est en effet devenue considérable en Provence. Cette boîte à graines engendre la naissance d’une industrie encore très vivace, celle du « cartonnage » qui donne à toute l’enclave un caractère économique original. Le musée du cartonnage témoigne de cette activité depuis son origine.
Richerenches, le village où la truffe est reine
Avant de parler des truffes, il faut savoir que Richerenches possède « la clef du trésor des Templiers ». C’est dans le cartulaire de la Commanderie que l’on retrouve l’acte de la première donation en 1136. Le seigneur Hugues de Bourbouton offre les premiers terrains. Une visite du chemin est possible et recommandée pour s’imprégner de toute l’histoire de l’enclave. Il faut aller à Richerenches aussi, bien sûr, pour le fameux diamant noir et tout ce qui tourne autour des truffes. La fameuse messe de la truffe, le 3e dimanche de janvier est un office à ne pas manquer par l’originalité de la quête. Pas d’argent mais des paniers circulent dans lesquels chacun dépose une truffe. Les truffes ainsi collectées seront pesées à la fin de la messe et vendues aux enchères. L’argent récolté reviendra à l’église. Voilà une quête et des oboles originales pour remplir les caisses de la paroisse et en permettre sa restauration.À ne manquer sous aucun prétexte jusqu’à la fin mars, le marché aux truffes. Toute la rue du village se remplit de vendeurs qui proposent des truffes, de l’huile d’olive, des plants de chênes truffiers, de la lavande, des cèpes... Un véritable moment de bonheur gourmand. Plus loin, derrière le village un autre marché réservé aux professionnels. Là, des chefs cuisiniers, des restaurateurs, des épiciers, des charcutiers…. arrivent avec leur voiture et achètent aux « rabassiers » à la pesée dans le coffre des voitures, les truffes dont ils ont besoin.
On peut acheter ces petits trésors pour un prix raisonnable (entre 500€ et 700€ le kg). Le samedi matin, tout le village embaume l’odeur de la truffe et elles sont proposées soit telles quelles, soit dans des boîtes avec des œufs, soit en bocaux, soit dans l’huile d’olive et même en « apéritruffe ».Jusqu’à fin mars, la truffe sera la reine de ce petit « bout » du Vaucluse. Richerenches, capitale des papes en son temps, devient chaque année la capitale de la truffe. Autour de la truffe, voilà une belle occasion de faire de l’agrotourisme et de l’œnotourisme. Tout est mis en œuvre pour réussir une escapade gourmande.
• Marché de Richerenches, le samedi matin jusqu’à la fin mars.
Tél. (0)4 90 28 02 00
Grillon, village féodal.
Grillon veille sur la vallée. C’est à partir du quartier du Vialle que le village s’organisa. Le château fut édifié au XIIe, pour assurer la sécurité grâce à son rempart dominé par deux tours. Les murailles ceinturent le village sur lequel veille le clocher de l’église coiffée d’une flèche octogonale. À visiter, la maison Milon, la maison des trois arcs et la maison du boulanger.
Un panorama exceptionnel à partir du village, donne une belle vision de l’enclave.
Visan, une histoire, un terroir
La haute terre des papes depuis 1344. Le village est adossé à des collines colorées et jouit d’un sous-sol de safre. De superbes maisons, hôtels particuliers, abritent les heureux habitants de Visan et témoignent du charme discret de l’ancienne bourgeoisie de la Provence florentine. Avant le XIIe siècle, Visan était une terre « franc alleu » c’est à dire « privée de souverain reconnu ». La majorité des terres appartenaient à Pierre d’Hugues de Visan, puis à Bertrand, comte des Baux qui les cédera pour 10 000 livres à Jean Dauphin du Viennois en 1318. Les papes vont tenir un bastion confortable, lorsque Clément VI acheta Visan pour 12 000 florins au Dauphin du Viennois en pleine déroute financière. Les amateurs d’architectures trouveront ici de quoi se satisfaire. Les constructions, profanes ou religieuses, ponctuent la balade à travers le village.
Un terroir d’exception pour les vins des Coteaux de Visan
Un terroir caractéristique idéal pour la vigne, des collines bien drainées offertes aux caresses du soleil vers le sud et l'ouest, ont fait la renommée des vins de Visan. Les vignerons, attachés à une tradition pluriséculaire, élaborent des produits de grande tenue, très aromatiques, à déguster dans plusieurs caveaux.
Depuis la création de la cave des Coteaux de Visan, par Ferdinand Delaye en 1897, les vins issus du terroir ne cessent de s’améliorer, la cave se développe, s’agrandit, obtient l’appellation « Côtes du Rhône village » en 1967, la certification qualité (AFAQ) en 2000 et en 2009 inaugure sa rénovation architecturale avec salle de dégustation, exposition de produits du terroir et vente de vins.
2 060 hectares sur un sol argilo calcaire baigné de soleil. Le grenache, cépage roi de la vallée, domine, la syrah est son complice, le mourvédre parfait cette harmonie, le cinsault en assure l’élégance. Quant au viognier et au grenache blanc, ils apportent rondeur et arômes. Voilà de quoi satisfaire les amateurs.

• Cave des Coteaux de Visan
Ouvert au public tous les jours.
84820 Visan
Tél. (0)4 90 28 50 80
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« Coocooner » dans l’enclave des papes
La Plantade

Ravissante maison dans une vieille ferme réhabilitée dans son « jus ». Cours de cuisine par Luc et jusqu’à fin mars cours de cuisine à base de truffes, que les hôtes auront achetés au marché de Richerenches le samedi matin.
• Luc et Éléna Vermeersch
Route de Vaison-la-Romaine
84820 Visan.
Tél. (0)4 90 41 98 80
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http://www.visanlaplantade.com
Les oliviers de Claron

Une villa avec un jardin luxuriant, quelques oliviers et une table d’hôtes familiale et hyper conviviale. Avec un peu de chance, il restera un ou deux litres d’huile d’olive à ramener. La production est totalement artisanale à partir des oliviers du jardin.
• Quartier Claron
84820 Visan - Tél. (0)4 90 41 93 40
Tables gourmandes
La brasserie de la truffe noire
Un véritable bistrot de village avec devanture de bois. En saison bien sûr, de la truffe, sinon une cuisine simple et chaleureuse. Après le marché à Richerenches, une halte bienvenue.
• Place bourgade
84600 Grillon - Tél. (0)8 99 69 59 02
Les troubadours
Peter Vanbaelen officie dans son restaurant situé au cœur du village. La salle à manger voûtée est pleine de charme. À l’honneur les vins de Visan et la cuisine traditionnelle régionale. Des prix très abordables et le respect de la baisse de la tva. Fermé le mercredi
• Place Humbert II - Le château
84820 Visan - Tél. (0)4 90 41 98 60
Le restaurant du Midi
L’hôtel du midi est en pleine réfection. L’accueil et le restaurant rénovés sont ouverts depuis quelques mois. L’hôtel rouvrira dès le printemps. Cuisine traditionnelle à base de produits de terroir. Une année de travaux pour remettre aux normes l’établissement et lui redonner son lustre charmant.
• Hôtel restaurant du Midi
5, avenue des alliés
84820 Visan - Tél. (0)4 83 58 01 31
Produits du terroir
Moulin de la Bayarde
Patricia et Patrice Martinez ont diversifié leurs activités. Viticulteurs, ils revendiquent leur titre d’apiculteur. Patricia se passionne lorsqu’elle parle des abeilles. « 4 ans sans abeilles et le monde s’éteint ! » Les abeilles sont devenues ses amies. Son travail est entièrement traditionnel, elle dit « à l’ancienne, enfin, normale , par exemple dans les vignes on a planté du trèfle nain qui est mélliflore et du sainfoin ».Patricia et Patrice profitent de toute la générosité de leur terroir. Quelque 200 oliviers, des amandiers, des tilleuls et des lavandes. On remarque que toute ce qui est cultivé est apprécié par les abeilles, reines du domaine. Ils font aussi du nougat selon la méthode ancestrale avec les amandes de leurs amandiers.
• Domaine de la Bayarde
Quartier Piolas.
84820 Visan
Gilbert Dumont-Vendran
Le seul producteur de pommes de l’enclave. 1 500 pieds, 10 variétés différentes. Culture raisonnée avec un minimum de traitement. Gilbert fait trois ramassages par an, août pour la reine reinette, la royale gala et la Canada grise ; septembre la jamma gold et la chante claire et fin novembre la melrose et la pink lady (variété protégée). On s’en doute, Gilbert fait aussi du jus de pomme sans aucun ajout de sucre, ni de colorant. Il prône la consommation de pommes et de jus de pomme en dehors des repas (anti-cholestérol). 1,5 kg de pomme = 1l de jus. On est loin des produits de grande distribution, tant pour la pureté que pour la qualité.• Quartier Roussillac
84420 Visan - Tél. (0)4 90 41 92 19
Jean-Claude Tessaire
Voilà encore un passionné de culture traditionnelle et biodynamique pour ses 5 hectares de lavandin. L’huile essentielle qu’il en extrait est d’une extrême pureté. Les gerbes sont séchées sur la plante, puis distillées. Cette huile essentielle est un insecticide naturel, un désinfectant et un parfum. On peut l’utiliser aussi en friction pour lutter contre les crampes, l’arthrose et les rhumatismes. Jean-Claude ne tarit pas lorsqu’il parle de toutes les recettes possibles à partir de « son » huile essentielle. Travail délicat et difficile que la biodynamie, mais le résultat est incomparable. 1 hectare pour 150 l.• Quartier les Barbes
84820 Visan
Tél. (0)4 90 41 95 26
Merci à Christiane Théodosiou, responsable communication de la cave des coteaux de Visan.
La vie des confréries dans l’Enclave des papes
Les confréries, des associations dynamiques
Dans l’enclave des Papes, la vie des confréries fait preuve d’une activité étonnante. Elles sont un peu le lien entre les producteurs du terroir, entre les professionnels et les amateurs. Les confréries sont de toutes les fêtes quand elles n’en sont pas à l’origine.

La confrérie du diamant noir, participe à la légendaire messe de la truffe à Richerenches, le troisième dimanche de janvier. Une coutume qui attire aussi bien les autochtones que les touristes. Au moment de la quête rituelle, des paniers circulent et ce ne sont pas des « pièces » de monnaies qui sont déposées mais des truffes ! Pesées à la fin de l’office, vendues ensuite, le produit de la vente ira à l’église. Une bien jolie façon de participer à la vie de la paroisse et aux rénovations de l’église.

La confrérie du nougat de Montélimar vient en voisine participer au marché de la truffe du samedi matin à Richerenches. Une belle délégation traverse le village et propose aux chalands de goûter le nougat. Une jolie façon de montrer la solidarité et l’objectif commun que défendent les confréries.

La confrérie Saint Vincent des Coteaux de Visan, c’était ce jour-là le grand chapitre d’hiver. Le 67e chapitre réunissait tous les viticulteurs, le roi, la reine élue l’année précédente. En l’occurrence, la reine qui présidait au chapitre était cette année Giséle Marguin, la présidente de l’association des sommeliers de Marseille Provence.
Trois nouveaux venus dans la confrérie : Jean-Claude Meunier, Jean Calabrése, Monsieur Raffin et Laurence Ginet. Un dîner festif de près de 400 convives, témoigne de l’importance de la vie de la confrérie.
Au cours du chapitre, avant les agapes finales, la dégustation de la cuvée Marot s’est déroulée à la cave des coteaux de Visan sous la houlette de Gisèle Marguin (photo ci-contre). Une organisation parfaite avec l’exposition de peintures du jeune et talentueux Guillaume Piot. De la couleur, de la chaleur, de la passion pour ces tableaux qui se trouvent être en parfaite adéquation avec les qualités des vins dégustés.(photos Magali Aimé et X)















